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La Compagnie

Depuis 1941

Il y a plus de 60 ans, José Maquet fût le créateur des Marionnettes St Gilloises. Nous faisons place ici à un des texte dans lequel il retrace son parcours. Il s'agit d'un témoignage exceptionnel notamment en ce qui concerne les conditions dans lesquels les spectacles se donnaient.

« Tout a débuté en 1941, mon père était décédé, nous nous sommes trouvés ma mère et moi sans revenu. Bien qu'étant fils d'industriel on était ruiné. Fils unique, il va de soi que j'étais un enfant gâté.

Que faire en ce moment là, il restait une solution : ouvrir un théâtre de marionnettes pour survivre. Mais comment fabriquer et jouer les marionnettes ? A cette époque nous habitions rue Bois de St-Gilles (Liège - Belgique), nous avons rendu visite à plusieurs montreurs de marionnettes afin d'avoir des renseignements ; porte de bois et muets comme des taupes, top secret !

Alors l'idée m'est venue d'aller me documenter dans diverses églises et musées, afin de copier les statues de St-Antoine et son cochon, une princesse, un diable et Tchantchès. La fabrication terminée, il fallait trouver un endroit pour faire le spectacle. Monsieur Charles Péters, agent du quartier m'informe que je pouvais disposer de son garage ; quant à monsieur Bourguignon, il m'a prêté des madriers et des bûches pour pouvoir fabriquer des bancs. La devanture de la scène était faite de vieux balatums tapissés de diverses revues découpées. Le décors : un châssis avec un balatum peint avec de la couleur en poudre diluée dans de l'eau.

Pendant l'entracte, on effaçait le dessin pour peindre le décor suivant. L'animation musicale se faisait avec un phonographe prêté par ma mère ainsi que les disques. Notre équipe était composée de 3 personnes : Willy mon assistant, Raymond mon garde salle et moi. Nous avions passé une journée à transcrire le programme avec du papier carbone.

A l'affiche de St-Antoine, l'entrée était de 25 centimes* [ 1 ] , on faisait salle comble. Le succès était parfait. Et nous avons dû refaire une deuxième séance.

Vu le succès remporté par mon spectacle, nous avons dû songer à avoir une salle à nous. Il y avait un garage chez moi, mais loué à ma tante qui ne voulait pas déménager ; après bien des ruses nous avons eu gain de cause. Comme nous avions récolté un peu d'argent par les séances précédentes, quelques frais furent faits.

Le premier achat fut un poêle, ensuite des bancs ; et le spectacle continua de plus belle avec le même succès. Puis vint le bombardement du Val-Benoît (le quartier fût rasé par les bombardements américains du fait de la présence d'un pont de chemin de fer ciblé. Il resta seul intact après la campagne...), malheureusement, nous ne fûmes pas épargnés par les bombes qui en une fraction de seconde anéantirent une partie de maison.

La moitié de la population vivait dans les abris et d'autres bombardements survinrent. Un jour que j'étais terré dans un abri, une vieille dame qui y vivait à demeure me pria d'aller vider son seau hygiénique. Je pris mon courage à deux mains et à mon retour, la vieille me tendis 20 francs** [ 2 ] : une vraie fortune ! C'est à ce moment que le théâtre devint ambulant.

L'équipe s'était enrichie d'un nouveau partenaire dénommé Tommy, un gros chien brun dont les maîtres avaient été tués. Il convenait très bien pour tirer la charrette. La troupe visitait les abris, après la séance une collecte était faite auprès du public. Le jour vint enfin où nos libérateurs arrivèrent. Ils furent accueillis avec joie. Eux aussi furent très intéressés par mes spectacles. Ils s'amusaient comme les enfants et gratifiaient ceux-ci de chocolats. C'était le beau temps jusqu'au moment de l'arrivée des V1.

Après la guerre, nous avons entamé des tournées avec une charrette plus grosse que nous tirions à la main avec l'aide fidèle de Tommy. Nous entreposions sur celle-ci les structures du théâtre, les marionnettes et les victuailles ; par exemple pour aller de St-Gilles à Fléron (une dizaine de kilomètres), il fallait plus ou moins 5 heures.

Fin 1948, je fis l'acquisition d'un terrain. Il me fallut 3 ans pour construire ma maison et de ce fait il n'y avait plus de salle de spectacle, néanmoins le théâtre voyageait toujours. A cette période j'ai aussi acquis une moto avec remorque qui facilitait les déplacements hors de la province. Les spectacles dans les Ardennes se donnaient dans de petites salles très primitives et d'accès parfois très difficile, surtout en hiver.

Cet équipage est resté en activité pendant une dizaine d'années. En 1958, j'ai fait l'achat d'une camionnette 2CV, à ce moment une grande évolution ! Construction d'un nouveau matériel d'après les dimensions du véhicule et aussi possibilité de sortir la marionnette à tringle traditionnelle (d'une taille et d'un poids imposant). Gros sacrifices aussi pour l'achat d'une amplification et remise au musée du vieux phono qui avait fait son service. En ce temps, un ampli était à lampes et prenait beaucoup de place. S'il fonctionnait pendant deux heures, la température était telle que l'on pouvait réchauffer son café dessus, ce qui était très pratique. »

En 1992, José Maquet confia la gestion de la compagnie à Didier Balsaux. En 1993, José Maquet obtint pour la compagnie le titre de « Société Royale » qui lui fût accordé par Sa Majesté le Roi Baudouin, ce titre s'obtenant au terme de 50 années d'existence au moins. De nos jours, José vit toujours à St-Gilles (Liège) et continue à être une personnalité folklorique et culturelle renommée dans la région.

[ 1 ] *(0,01 Euro)

[ 2 ] **(0,50 Euros)


 
   
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